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Haaa, ils nous bassinent avec l'augmentation de l'espérance de vie ! Depuis des années !

Ils sont fiers de nous voir nous consumer lentement dans des lits d'hopitaux (qu'on appelle pudiquement EHPAD). Jusqu'à ce que mort s'en suive... Et vas-y que je te réanime, et vas-y que je te colle une pile au coeur pour qu'il batte à tout prix, et vas-y que je te transforme en robocop hanche en titane et cristallin artificiel, et vas-y que je te fasse ingurgiter une bonne chimio pour ne pas te guérir d'un cancer mais te prolonger un peu... Toujours un peu, encore un peu. Ce satané souffle de vie...  Cette satisfaction des médecins à reculer la fin sans se préoccuper du présent, de la qualité de vie, du désir...

Mais la vie, est ce attendre dans un lit qu'elle passe ? Est-ce rester à ressasser dans un fauteuil le merveilleux passé, quand les enfants se précipitaient en courant pour vous serrer dans leurs bras et vous écraser un baveux bisou ? Est-ce passer ses journées à espérer, un appel, une visite ? Est-ce attendre le droit de faire pipi, de se lever, de manger ? Est-ce être enfermé sans avoir le droit de quitter les murs ? Est-ce se faire coucher à 17h30 après un diner qu'on n'aurait pas servi à son chien autrefois ? Est-ce renoncer à ses affaires, à sa dignité, à son statut social ? Est-ce que c'est encore la vie quand on a des couches, des escarres, qu'on se fait laver quand d'autres le décident, qu'on n'est plus qu'un objet, encombrant mais lucratif pour certains ? Est-ce que les gens qui terminent leur vie là, sont heureux de voir augmenter leur espérance de vie ?

Une fois encore, jusqu'au bout de la vie, on nous impose des choix sociétaux... Impossible pour les enfants dans les tout petits appartements de garder leurs parents... Impossible pour la personne âgée de dire, ça va bien, j'ai assez vécu, ce qui m'attend ne m'intéresse plus,  rideau !

Je râle, je râle, mais on a du nous aussi nous soumettre à ce paradigme lorsque ma grand-mère, après plusieurs séjours à l'hôpital pour la "soigner", a dû quitter l'appartement parisien où elle avait vécu 55 ans... Ma mère habitait au 3ème sans ascenseur, ma tante ne voulait pas s'emmerder, moi j'étais une jeune mère de famille... On lui a trouvé une belle maison de retraite. "Les primevères" ça s'appelait. Je n'y ai vu aucune fleurs, sauf celles qu'on y a porté le jour de son enterrement. On l'a déposée le jeudi soir, elle est morte le vendredi matin avant 8h. Ma grand-mère avait un fort caractère, on n'a pas pu lui faire à l'envers. Elle ne voulait pas y aller. Elle a débranché. Je ne sais pas comment elle a fait, mais chapeau !

Je me pose la question très souvent. Comment faire pour échapper à l'acharnement des médecins pour prolonger ridiculement la vie. Une vie qui n'en est plus une ? Je me dis que je partirai loin, au milieu des rochers, avec tous les médicaments qu'ils m'auront bien sûr prescrits (et que comme d'habitude je n'aurai pas pris), et je les prendrai, là, et je partirai... Et ils seront bien attrapés... Vous avez vu "La ballade de Narayama" ?