Les soeurs Ingalls,me semblaient un modèle de famille

En ai-je rêvé de la robe de Denise !!!

Deux oeuvres ont bercé mon adolescence et le début de ma vie d'adulte.  "Les Rougon-Macquart" de Zola, en livre de poche, et les oeuvres complètes de Laura Ingalls Wilder "La petite maison dans la prairie" en 7 tomes, édition du Chat Perché.

Plus que des livres de chevets, ce furent pour moi des livres de vie. Ma bible à moi.

Ils m'ont forgée, m'ont construite. Ils m'ont rendue plus forte, plus débrouillarde, plus courageuse, plus rebelle, plus intelligente. Sans doute ne serais-je pas la même sans ces rencontres de papier.

Des heures, j'ai lu et relu ces mots porteurs d'espoirs et de désespoirs. Ces phrases ciselées, précises d'Emile, ces envolées pleines d'amour et de tolérance de Laura. Fut un temps où je pouvais en citer des paragraphes entiers.

Dans ma solitude de petite fille, puis de jeune fille,  rejetée à cause de son physique, isolée par ses responsabilités familiales, mes compagnons de misère, mes amis pour la vie avaient pour nom Gervaise, Lantier, Ninon, Laura, Marie, Charles.... A quel néant aurais-je été vouée sans eux ? Le mercredi devant mon tas de repassage je me récitais des passages de l'assommoir et de Gervaise avec ses fers à repasser remplis de braises chaudes... Quand je devais m'occuper de ma petite soeur, souvent malade, j'étais Marie... Et ma vilaine cousine gâtée et craneuse n'était autre que Nelly Oleson !

J'ai voyagé du Sud de la France, au Nord industrieux, j'ai connu le beau Paris d'Haussmann, les robes de taffetas, les dentelles tuyautées, les gants parfumés... Je vivais dans ce monde en dehors de celui qui m'entourait....

Puis j'en sortais pour traverser les Etats Unis en chariot, découvrant avec Charles que l'on peut bâtir et rebâtir sa maison, chaque fois plus petite, mais toujours aussi pleine de respect et d'amour... J'ai sincèrement cru, qu'il suffisait d'être courageuse, gentille et solidaire pour que le monde s'ouvre à moi....

"L’harmonie bourgeoise de la pièce, ce bleu des tentures, des meubles et du tapis, prenait à cette heure nocturne une douceur vague de nuée. Et, en face des fenêtres, du côté de l’ombre, le lit, également tendu de velours, faisait une masse noire, éclairée seulement de la pâleur des draps. Hélène, les mains croisées, dans sa tranquille attitude de mère et de veuve, avait un léger souffle."

"Alors, elle lavèrent toute la vaisselle du petit déjeuner et la rangèrent, remirent les lits en ordre, balayèrent le sol avec le balai de brindilles de saule. Après cela, elles purent sortir. Elles marchèrent à travers les hautes herbes et montèrent en haut d'un talus verdoyant où Papa et Monsieur Nelson étaient en train de construire la nouvelle maison"

Voilà, juste deux extraits vite trouvés, et vite copiés, juste pour vous faire comprendre comme je suis mal adaptée à ce monde.

Toute ma vie je me suis efforcée d'appliquer les principes de vie des mes bibles. Courage, patience, solidarité, amour de la famille, entraide familiale... Toute ma vie j'ai fait contre mauvaise fortune bon coeur, je me suis appliquée à essayer de semer du bonheur et de l'amour. J'ai cru sincèrement que semer l'amour, n'avoir comme préoccupation que de rendre les autres heureux, être attentive et dévouée pouvait suffire à changer le monde...

Le monde où nous évoluons n'est que mesquineries, paraître, narcissisme, cupidité... Chaque jour qui passe me rend un peu moins adaptée à cette société.

Je rêvais "la petite maison dans la prairie" et c'est dans "le meilleur des mondes " qu'il me faut évoluer... C'est dur. Très dur. L'impression d'une mascarade quotidienne...

elle _disait (C'était_l'hiver) francis_cabrel