2013-07-18 16

"elle s'étiolait au milieu des fleurs qui l'entouraient, en se fanant comme elle.  (Honoré de BalzacLa Femme de trente ans, Paris, 1832)"

Cela fait sourire mon mari quand je dis ça. D'ailleurs, c'est mon problème existentiel, je proclame des choses graves et personne ne me prend jamais au sérieux. C'est sans doute à cause de mon mètre cinquante...  Les femmes de petite taille, on les prends toujours pour des gamines rigolotes ! 

Sérieusement je m'étiole.  Pour être claire je dépéris , me fane , me défraîchis, m'atrophie, m'affaiblis, me languis.... Mais vraiment !

Je me sens terriblement fatiguée, anormalement car je suis loin d'être surmenée. Mon corps nécessite un effort insurmontable pour faire le moindre geste. Mon esprit n'est ni vif, ni clair. Je n'ai plus envie de rien. L'impression d'avoir fait le tour, de ne plus rien attendre, d'être au maximum, d'avoir accompli ce que je devais accomplir. J'ai mal partout, je n'ai plus de besoin, je n'attends rien, un jour après l'autre. Et puis un jour après l'autre. Et puis, un jour après l'autre... 

Je m'en veux en plus. Je n'ai jamais eu aussi peu de problèmes de ma vie entière, le chien va mieux, on vient d'arriver à Kerity, les enfants vont bien, mon mari est adorable, j'ai des amis formidables.

Mais je m'étiole, je le sens bien. D'ailleurs, quand je vois ma petite gueule ridée et maigrichonne dans la glace, j'ai la confirmation... Je me défraîchi, m'atrophie... Je vois ma grand-mère !  Tout le maquillage du monde n'y peut rien. J'ai une petite tête maladoune, d'ailleurs souvent on me fait remarquer ma mauvaise mine... Mais la mine n'est que l'extérieur ! A l'intérieur c'est pire... Je passe mon temps libre à fomenter des plans pour mes obsèques, mon testament... Lorsque je croise un vieux dans la rue, un pire que moi hein, j'en frémis ! Non, non, non ! 

J'ai pensé chirurgie esthétique ou injections diverses et coûteuses. J'ai une amie à qui cela a drôlement bien réussi, mais vu l'expérience avec mon ventre, je crains que le remède puisse être encore une fois, pire que le mal !  Et puis ça changerait quoi ?

Et ne me dites pas que vieillir c'est dans la tête ! Mais c'est quoi cette connerie ! Ma tête a vingt ans ! Ma tête chante Maxime, et les Beatles, ma tête danse sur France Gall, ma tête dit des conneries, ma tête est rebelle, ma tête veut des sabots noirs et des robes indiennes informes, ma tête veut mes enfants dans mes bras, ma tête veut raconter des histoires, faire des compotes, aller voir des maitresses, ma tête veut apprendre l'espagnol et étudier les grands auteurs français, ma tête va bien ! 

Mon corps exige que je me meuve avec attention, mon corps crée une barrière entre les autres et moi, un genre de signal qui retentit quand on s'approche trop près : C'est une vieille ! Et puis ma vie... Ma vie me dit qu'il n'y a plus de génération avant moi, que la prochaine sur la liste c'est moi (et tant mieux), et mes enfants me concèdent une ou deux visites par an, ils n'ont plus besoin de mon réconfort, de mes histoires, ni même de me voir, mon chien est en sursis et la question de sa succession m'obsède, un chien pourrait vivre plus longtemps que moi à présent, le monde que l'on me propose ne me suscite plus aucune envie, ça fait un moment que le shopping me laisse de marbre, comme mon narcissisme, mon envie s'en est allée...

Je pense à aller voir un psy ! Oui moi qui les ai toujours eu en horreur et les tiens très peu en estime. Mais je voudrais guérir de ce syndrôme du nid vide qui me taraude au point d'avoir du mal à regarder les photos ou les vidéos de mes enfants petits, et prendre comme une grande baffe dans la gueule le moindre refus d'invitation  (bon y a beaucoup de refus !)

Je sais bien que mourir n'est rien, mais vieillir, haaa vieillir... et je suis en plein dedans. Mais j'ai pas envie d'être chiante pour les autres, de me rabougrir dans une petite amertume sans espoir... Je veux retrouver le plaisir de l'instant présent, le plaisir du moment qui passe et que la vie accorde, sans regarder derrière avec regrets, ou devant avec angoisse. 

Pour le moment je n'y arrive plus. Merde moi ! 

France Gall - Évidemment (1988) HQ