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C'était bien la peine hein d'avoir des parents jeunes ! J'avais souvent les parents les plus jeunes de ma classe. Les filles me disaient  : tu as de la chance, avec ta mère on dirait deux copines.  Moi j'aurai juste voulu une mère, et la possibilité d'avoir des copines...

Maman avait à peine 20 ans quand je suis née. Papa à peine 23. Avec le recul, je comprends comme c'était des gamins ! Et je comprends et pardonne tout ce qui m'a gênée, énervée, peinée, blessée, entravée...

On s'entendait bien avec maman, on était assez complice. Bon j'ai pas eu trop le choix, le rôle copine, confidente, meilleure amie et soeur m'a été attribué assez vite. Dire que c'était vraiment inconfortable serait mentir. Et puis on fonctionnait comme ça. Je ne me posais pas tant de questions.

Mes parents ont passé leur vie à se séparer, se remettre ensemble, se ruiner, se remettre sur les rails, recommencer... C'était assez pénible mais pas violent. Enfin, je ne crois pas. Pis c'est pas le sujet ce soir.

Donc en 1997 mon père est revenu vivre avec ma mère une énième fois. Mais en 1999, il est mort. A 59 ans. Je l'ai vécu comme un ultime abandon, j'avais imaginé qu'ils allaient finir leurs jours ensemble, couler d'heureuses années, apaisées, et devenir des grands parents modèles. Et il est mort. Et c'était moche.

Et puis, cette vie, cette pute de vie, m'a pris aussi ma mère, en 2007, juste l'année de mon remariage. Il m'a fallu préparer simultanément un mariage et un enterrement, parce qu'il aurait été trop cool de la faire mourir simplement, les médecins ont préféré une lente agonie de 6 mois, une descente aux enfers en pleine conscience... Et elle est partie, un mois après mon mariage, le 24 décembre 2007, à 65 ans !

Et zou, me voilà orpheline de mes jeunes parents. Je traîne l'angoisse de ne pas vivre plus longtemps qu'eux et selon les jours je me dis : il me reste 5 ans ou il me reste 10 ans. Mais le pire, c'est qu'ils m'ont laissé leur fille sur les bras. Ma soeur.

Celle dont je m'occupe depuis 47 ans et qui a toujours le don pour avoir une vie de merde, me mettre la rate au court bouillon, me fendre le coeur et du coup, par ricochet me pourrir la vie...

Alors, ce soir avec l'ultime péripétie qui lui arrive, qui est bien pénible, bien compliquée et à laquelle je ne vois guère d'issue raisonnable, je demande solennellement à mes deux parents morts en me laissant cette responsabilité :

Et alors, vous, vous feriez quoi ?

Parce que moi, je ne sais plus, je ne sais pas, j'ai la trouille, et je suis fatiguée aussi ! Je ne rajeunis pas, je voudrai être juste un peu égoïste. Penser rien qu'à moi, à nous, à mes gosses, à mon chien... Je voudrais ne pas toujours me demander ce que je peux faire pour aider ma soeur !

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